Valeurs Biologiques Santé

La prévention personnalisée passe par la notion des zones des valeurs
biologiques santé

La prévention personnalisée

Depuis plus de deux millénaires, la médecine a aspiré à la personnalisation. Depuis, d’un côté, la médecine n’a cessé d’évoluer pour concrétiser ce vieux rêve et de l’autre côté, le qualificatif personnalisé a été galvaudé. Pendant longtemps, la prévention personnalisée est restée une approche intellectuelle et balbutiante, faute d’outils suffisamment puissants et spécifiques, surtout en biologie. C’est devenu une réalité depuis peu. Il n’y a qu’à voir la profusion des traitements personnalisés en cancérologie.Néanmoins, traitement personnalisé ne signifie pas prévention personnalisée. La prévention personnalisée a pour objectif principal de prévenir la maladie ou de la retarder, et également d’assurer un vieillissement dans de bonnes conditions.

La notion des zones des valeurs biologiques santé

  • Qu’est-ce qu’une zone de valeurs biologiques santé ?
Quand le résultat de l’analyse biologique d’un élément se situe à l’intérieur d’une certaine zone de
valeurs biologiques santé, spécifique à chaque type d’élément dosé, on est protégé vis-à-vis de tel ou tel
facteur de risque de survenue d’une éventuelle maladie. Cette zone est évidemment différente pour
chaque type d’élément et donc spécifique de cet élément.

 

  • Exemples d’éléments et leurs zones de valeurs biologiques santé
– Pour un homme, si l’antigène prostatique (PSA) sort de sa zone de valeurs biologiques santé, vers le
haut, on sera en présence d’un facteur de risque, qui peut annoncer la survenue éventuelle d’un cancer
de la prostate. Et cela donnera au médecin un indice pour vous proposer selon le taux de PSA, soit une
surveillance à plus ou moins court terme soit un examen complémentaire pour confirmer ou infirmer la
présence d’un éventuel cancer de la prostate.
– Pour une femme, si le carbohydrate antigène 125 (CA125), sort de sa zone de valeurs biologiques
santé, vers le haut, on aura ainsi dépisté un facteur de risque, qui peut signer la survenue d’un éventuel
cancer gynécologique (notamment des ovaires). Et cela donnera au médecin un indice pour vous
proposer des examens complémentaires pour confirmer ou infirmer la présence d’un éventuel cancer
des ovaires.
Facteur de risque ne veut pas obligatoirement dire problème de santé, mais le fait d’avoir identifié un
facteur de risque évitable fait partie des bases fondatrices de la prévention personnalisée.
Etude épidémiologique longitudinale avec un essai contrôlé 1 (essai randomisé en double aveugle).
Objectif principal : établir la nature causale entre un apport bas de micronutriments anti-oxydants et le risque de cancer ou de cardiopathie ischémique.
13017 participants dont 7876 femmes et 5141 hommes.
Femmes : environ 54% de non fumeurs, 29 % d’anciens fumeurs et 16% de fumeurs.
Hommes : environ 34% de non fumeurs, 50 % d’anciens fumeurs et 15% de fumeurs.
Placebo ou supplémentation par 120 mg de vitamine C + 30 mg de vitamine E + 6 mg de béta-carotène
+ 100 µg de sélénium + 20 mg de zinc.
Suivi de 7,5 ans.

 

Résultats
– Un risque plus élevé de cancers et de maladies cardiovasculaires chez les hommes dont les niveaux initiaux en béta-carotène sont les plus bas.
– Pas d’effet des anti-oxydants, à doses nutritionnelles, sur l’incidence des cardiopathies ischémiques.
– Une diminution de 31 % du risque de cancers (tous sites confondus) chez les hommes ayant reçu les anti-oxydants, à doses nutritionnelles ; pas d’effet chez les femmes.
– Une diminution de 37 % du risque de décès chez les hommes ayant reçu les anti-oxydants, à doses nutritionnelles ; pas d’effet chez les femmes.
– Pas d’effet des anti-oxydants sur la qualité de vie et le bien-être.

 

Conclusions et interprétations
Réduction du risque de cancer est de 31 % chez les hommes du groupe « anti-oxydants » : entre 9 et 47 % selon le taux biologique des anti-oxydants Cette réduction ne concerne que les hommes chez qui l’on constate des apports nutritionnels moyens plus faibles en anti-oxydants. Chez les femmes dont le statut initial en anti-oxydants est meilleur que celui des hommes, l’effet de l’intervention ne se traduit pas par un effet décelable
  • Efficacité d’une augmentation des apports en anti-oxydants chez les hommes
  • Femmes déjà protégées par leur apports alimentaires plus élevés (Femmes taux en béta-carotène > 40 % vs hommes; taux vitamine C > homme)

Etude SUVIMAX réalisée en France

Différentes attitudes selon les niveaux de déficits ou d’excès

Une fois les différentes zones des valeurs biologiques santé identifiées, les attitudes à adopter seront différentes selon le niveau des dosages.
Si on est dans les zones des valeurs biologiques santé, il est préférable de continuer comme cela, car on est censé être protégé vis-à-vis du facteur de risque, réduisant ainsi la survenue de tel ou tel problème de santé, en lien avec les micronutriments dosés et uniquement en relation avec ceux-là.
Si on est en déficit voire en carence, le professionnel de santé pourra aider le patient à sélectionner ce qui sera le mieux pour lui, de manière précise et spécifique, et parfois faire une recherche génétique pour dépister si ce déficit ne serait pas lié à des prédispositions génétiques (faible répondeur).
Si on est en excès, la démarche sera la même sauf qu’il faudra diminuer certains éléments et parfois faire une recherche génétique pour dépister si cet excès ne serait pas lié à des prédispositions génétiques (fort répondeur).

Applications générales des zones des valeurs biologiques santé

Les zones des valeurs biologiques santé s’appliquent à tous les nouveaux facteurs de risque identifiés par la biologie dont les valeurs inférieures ou supérieures aux zones des valeurs biologiques santé constituent un facteur de risque de tel ou tel problème de santé. La majorité des nouveaux facteurs de risque identifiés par la biologie ont leur propre zone de valeurs biologiques santé.
Je souligne depuis longtemps toute l’importance qu’il y a à atteindre dans le cadre de la prévention personnalisée la zone des valeurs biologiques santé, spécifique à chaque micronutriment ou tout autre élément dosé. En se situant à l’intérieur des zones des valeurs biologiques santé spécifiques à chaque micronutriment ou tout autre élément, on offre à ces éléments la possibilité d’exercer pleinement toutes leurs fonctions habituelles et de plus assurer une protection optimale. Cela sera beaucoup plus difficile si on est situé en dehors des zones des valeurs biologiques santé de chacun de ces éléments.
On peut conclure que, pas assez, peut se solder par un déséquilibre nuisible à la santé. De même, trop est également source de déséquilibre.
Conscient de l’importance de cette notion de protection assurée par les micronutriments à condition que les quantités présentes soient adéquates, j’ai épluché toutes les publications traitant de ce sujet. Et c’est ainsi que sont nées les valeurs biologiques santé 2,3,4,5,6, seule manière rationnelle d’aborder la protection apportée par les micronutriments. Il se trouve que cette notion s’applique également à tous les éléments biologiques qui bâtissent votre santé. Autrement dit, dans un domaine aussi précieux que celui de la protection vis-à-vis de tel ou tel problème de santé, atteindre cet objectif à travers la mise en place des valeurs biologiques santé a été une avancée considérable. La santé encadrée par les valeurs biologiques santé.
  1. Galan et al. Br J Nutr 2005 ; 94(1) : 125-132.
  2. Siest et al. Vie Med 1973 ; 29 : 3423-3441.
  3. Pour une politique nutritionnelle de santé publique. Ed. ENSP 2000. Rédacteurs Hercberg S et Tallec A.
  4. Herriot L. Besoins / Carences et supplémentation de vitamines. www.ipubli. inserm.fr.
  5. Rayman et al. Br J Nutr 2008 ; 100 : 238-253.
  6. Rayman et al. Free Radical Biology and Medecine 2018 ; 127 : 46-54.